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12 janvier 2014 7 12 /01 /janvier /2014 14:51

La poignante histoire d'un couple gay qui a dû fuir la Russie

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traduit de l'article original du Huffington Post Gay Voices (par Priyanta Gupta) :

http://www.huffingtonpost.com/priyanka-gupta/the-heartbreaking-story-o_b_4570146.html?ncid=edlinkusaolp00000003

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"Chantons la chute des feuilles," Valentina Kharenkon, une Ukrainiene de 62 ans, professeur d'anglais se laisse aller sur une chaise en acier devant un piano à queue entourée par 10 étudiants russes. Nous nous trouvions dans une salle de musique au sous-sol du centre communautaire juif à Bay Parkway, Brooklyn.

Oleg Dusaev est assis un peu plus loin, dessinant des traductions russes griffonnées à l'encre noire à côté des paroles avec ses petits doigts bien faits.

La musique commence. Comme les étudiants passent d'une chanson à l'autre, l'ambiance devient festive alors que les visages des hommes russes, rugueux et tannés par le climat, se transforment en de larges sourires et que leurs épaules tendues et trapues se détendent. Oleg leur sourit furtivement. Il est clairement l'homme de la pièce qui est habillé de la façon la plus évidente, avec un cardigan gris, tricoté et en laine et des bottes marron au cuir élégant. Ses lunettes noires Pierre Cardin sont perchées sur son petit nez arrondi sur un visage carré, rasé de près, avec de délicates et lisses lèvres minces. Ses doigts se déplacent en rythme, presque en transe, en jouant des notes imaginaires dans l'air. Valentina demande à Oleg de se présenter pour jouer, et bientôt les notes sortent de ses doigts dans un relachement sublime. En bas du couloir dans une autre classe, le mari d'Oleg, Stepanov Dimitry pratique l'anglais avec ses camarades de classe de sa voix douce et mélodieuse.


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Quatre jours par semaine, Oleg et Dimitry suivent un trajet en métro d'une heure et demi depuis leur petit appartement d'une pièce qu'ils louent à Union Turnpike dans le Queens jusqu'à Brooklyn pour prendre des cours d'anglais gratuits dans ce centre.

Oleg Dussaev, 33 ans, et Dimitry Stepanov, 30 ans, ont fui Moscou en Octobre de l'année dernière après qu'il aient été battus, harcelés et intimidés par des vigiles anti-gay.
Leurs carrières ont connu une fin abrupte après qu'Oleg ait publiquement révélé son homosexualité sur Facebook en Août.
Un pianiste de formation classique et un professeur de musique dans une école affiliée au Conservatoire Tchaïkovski de Moscou.

C'était un journaliste bien connu et une personnalité de la télévision d'État, spécialisé dans les arts, sur la chaîne culturelle «Kultura» où il a travaillé pendant huit ans avant que son contrat soit résilié quelques jours après son coming out public.

«Aujourd'hui, pour moi, c'est le moment d'être courageux. Je veux ouvertement et honnêtement vous dire que je suis gay ... Je suis la même personne que vous connaissiez auparavant, le pianiste et journaliste Oleg Dusaev. Je suis un chrétien fidèle, convaincu que Dieu m'a créé et qu'il m'aime pour ce que je suis », peut on lire sur son post en russe.
Le lendemain, m'a t'il expliqué, ses collègues ont cessé de parler avec lui, et certains ont même refusé de lui serrer la main.

Le 4 Septembre, il était invité à se présenter comme commentateur pour une chaîne indépendante de nouvelles russes pour répondre à l'interview de Poutine à l'Associated Press, avant le sommet du G20 en Russie, où il avait affirmé que son gouvernement n'était pas discriminatoire contre ceux qui n'ont pas une "orientation sexuelle traditionnelle".
Conscient des répercussions, Oleg n'a pas commenté directement contre Poutine, mais a parlé de son expérience de la discrimination dans le travail. Le lendemain, on lui a remis sa lettre de licenciement. Et pendant ce temps leurs téléphones ont été constamment bippés avec des messages de haine. "Maudits sodomites, nous pouvons vous aider à brûler plus vite en enfer", disait l'un d'eux.

«J'ai eu une carrière intéressante en Russie et j'ai terminé ma carrière en Russie», explique Oleg. «Être célèbre a été un problème pour moi."

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La mère d'Oleg, Nailya , une enseignante russe de musique, dans une école de musique chic pour enfants, ayant un ex-mari, était terrifiée après son licenciement. Elle savait qu' Oleg était gay depuis qu'il a eu 14 ans, mais sa première réponse fut de lui demander de trouver une fille, puis ça a été le déni complet, et finalement, de traiter ses amis garçons avec beaucoup d'hostilité.

Mais cette fois, c'était différent, le danger était bien réel. Nailya a acheté deux billets pour les États-Unis et a supplié Oleg de partir du pays avec Dimitry, son petit ami depuis six ans.

«Ma mère ne nous avait jamais reconnu comme un couple, mais cette fois, elle a acheté des billets pour lui aussi. Elle avait peur pour lui aussi," dit Oleg.

Nous étions assis autour d'une table en bois, à l'étroit dans le salon commun de l'appartement qu'ils partagent dans le Queens. Oleg et Dimitry vivent dans l'une des chambres avec des murs bleu foncé et un petit lit encombré d'objets mis au rebut par leur propriétaire. Leur certificat de mariage repose, encadré, sur la table en face de leur lit, avec les figurines, en hauts de forme et smoking noir, du gâteau de mariage, se tenant de chaque côté.

C'était un mariage discret en Octobre peu après qu'ils soient arrivés à New York, à l'hôtel de ville, en présence d'amis et avec un échange de baiser discret, derrière de grands verres de champagne. 

"Ici, nous sommes locataires, et nous n'avons pas de vie privée. En Russie, nous avons eu des moments de paix, mais nous avions également deux portes métalliques et des systèmes de sécurité », explique Oleg.

Au début d'Octobre, quelques jours après une sortie, deux hommes inconnus ont attaqué Dimitry et Oleg devant une synagogue de Moscou. Il était 22h et les rues étaient sombres lorsque les deux agresseurs se sont jetés sur eux et ont déchiré leurs vêtements. Le soir même, ils ont reçu un message texto provenant d'un numéro inconnu: "Dégagez d'ici, ou nous allons vous envoyer en prison," disait il. "C'était troublant de recevoir des textes nous menaçant d'être envoyés en prison parce que c'est facile de le faire en Russie." explique Oleg.

L'attaque fut un rappel brutal d'une agression qui avait envoyé Dmitriy à l'hôpital avec un traumatisme crânien grave, il ya quelques années, quand il marchait près du parc Kolomenskoïe à Moscou pour acheter son dîner. Un homme costaud et grand a couru derrière lui et fit claquer son poing sur le dos de sa tête. Oleg et Dimitry ont porté plainte à la police, mais personne n'a été arrêté m'ont ils dit. En Août 2013, ils ont reçu un rapport d'enquête, déclarant que l'affaire avait été close après que le dossier ait été trouvé détruit. "Où est la justice, où puis je faire appel ?", demande Oleg. Les introductions par effraction dans leur appartement de Moscou sont devenues fréquentes quand ils ont commencé à vivre ensemble. Ils ont changé d'appartement, installé des portes métalliques, mais les attaques se sont poursuivies. La police, disent-ils, n'est jamais venue à temps, et personne n'a été arrêté.

"Initialement, nous voulions retourner à Moscou après notre mariage. Nous voulions que ça se décante, nous avions des billets pour le 30 Octobre, mais les choses ont changé de façon spectaculaire en une nuit», explique Oleg.

Un jour avant leur vol, Dimitry fut réveillé avec un message de sa soeur Irina de 39 ans, provenant de sa ville natale de Saransk, à plus de 500 kilomètres de Moscou.

"Qu'est ce que c'est que cette nouvelle de votre mariage, vous faites la une de Capital (le journal). Comment voulez-vous que nos parents puissent faire face à la société aujourd'hui," a t'elle dit.

Dimitry a été secoué. L'article en Russie avait le titre "Sodome et Gomore", et leurs photos de mariage tirées de leurs comptes Facebook, contenait des sources anonymes provenant de la famille de Dmitriy et de ses professeurs à l'école disant qu'ils avaient été mortifiés par leur mariage.

"J'ai juste lu les premiers paragraphes. [A] ce jour, je ne pouvais pas me résoudre à lire l'article en entier," dit-il. L'article a également écrit sur sa mère Ludmila, qui a subi un accident vasculaire cérébral il y a quelques années et sur sa grand-mère qui est morte un mois en arrière. "Dieu merci, elle n'a pas vécu pour voir ce jour", disait l'article.

"Nous ne voulions dire à personne que nous allions nous marier avant la cérémonie, nous avons pensé que allions le leur dire de retour en Russie», explique Oleg. La mère d'Oleg rapportait les nouvelles calmement au téléphone, mais quelques jours plus tard, elle s'est évanouie au travail. Le père de Dimitry a cassé tous liens avec lui quand il a essayé d'expliquer l'article sur Skype.

Lui et sa sœur n'ont plus parlé depuis avec Dimitry. "Sa sœur a peur que nous corrompions ses fils et qu'ils deviennent gay." Nous dit Oleg.

C'est alors qu'ils ont décidé qu'ils ne peuvaient pas revenir en arrière. Leur visa touristique pour les États-Unis expire au printemps. Récemment, ils se sont tourné vers l'ONG "No More Fear" ("Plus de Peur"), qui leur fournit une assistance juridique gratuite pour obtenir l'asile aux États-Unis.

"Il y a beaucoup d'incertitude maintenant. Je ne suis pas très heureux de ne pas pouvoir retourner en Russie. J'ai aussi peur de laisser ma mère derrière, mais être battus ou tués n'est pas la meilleure des choses." dit Oleg.

C'est le premier jour de l'année 2014 et nous sommes à la boulangerie près de Central Park avec la mère d'Oleg, qui était venue à New York pour passer Noël avec son fils. Entre tartines et soupe, des airs de Tchaïkovski remontaient dans l'air.

Oleg et sa mère fredonnent avec enthousiasme ces airs avec les yeux fixés sur l'autre presque comme deux maîtres qui effectuent une symphonie silencieuse.

Je demande à Nailya si Oleg lui manquera s'il obtient l'asile. Elle le regarde avec un petit sourire taquin et dit: «Demandez Oleg si sa mère va lui manquer." Les yeux d'Oleg s'embrument alors qu'elle baisse les yeux et dit calmement:

«Je veux le voir tous les jours. Ma mère a la maladie d'Alzheimer. Elle ne rend pas compte que je suis sa fille. Oleg est la seule famille qui me reste."

L'asile est un processus irréversible, qui signifie que les portes de la Russie seront à jamais fermées.

Leurs carrières à Moscou sont terminées. Il est temps de prendre un nouveau départ, mais sans argent et sans emploi pour l'instant.

La renommée d'Oleg en tant que musicien et journaliste est maintenant un lointain souvenir, presque sans importance aux États-Unis, mais aussi longtemps que la musique joue sur le vieux piano poussiéreux du centre juif, entre notions d'anglais et rires, ils ont l'espoir d'une vie, une vie difficile, mais une vie avec de l'amour,où ils puissent être appelés mari et mari sans honte ni crainte.



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Published by jeanrossignol - dans russie
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