Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 10:32

Farid Abdelkrim : « J’ai une responsabilité dans la radicalisation de l’islam en France »
Le Monde du 04 Septembre 2016

Farid Abdelkrim, écrivain, ancien membre des Frères musulmans en France

 

Après les folies terroristes en France, nos morts nous interrogent. Ils réclament des coupables. En attendant de les identifier, le monde des vivants se déchire avec d’un côté ceux qui incriminent, convaincus d’être dans le camp des « bons », et de l’autre ceux qui, clamant leur innocence, se défendent d’appartenir à celui des « mauvais ». Notre société aurait-elle basculé dans une culture binaire ?

Loin s’en faut, car consentir une part de responsabilité dans ce qui nous arrive est une option supplémentaire. Ce que je décris ici est une critique qui se veut constructive. Elle est le fruit de près de trente années d’observation participante, agrémentée de ce qu’il faut de rupture au cœur des popu­lations musulmanes de notre pays. C’est bien de là que je tire ma légitimité à m’exprimer.
En revanche, ma démarche ne s’inspire ni ne sert quelques postures identitaristes. En réalité, je cherche à contribuer honnêtement au débat. Aussi, à défaut d’incriminer ou de me défendre, je préfère relater ici ma complicité, certes relative mais réelle, dans la production et la diffusion d’un discours très problématique auprès d’un public en quête de sens.


Un discours qui a d’abord contribué à façonner l’esprit et l’action de nombreux islamistes. Un discours transpirant la haine d’un Occident responsable de tous nos maux en raison de son athéisme, de son matérialisme et de sa permissivité. Mais surtout pour avoir démantelé le califat et colonisé les terres d’islam.


Farid Abdelkrim

Farid Abdelkrim

Grand bricolage idéologique

Un discours habité par un esprit revanchard, dopé par les récits héroïques des guerres de libération, des résistances afghane, palestinienne, tchétchène face à cette volonté internationale inavouée d’empêcher le rayonnement de l’islam.
Un discours qui justifiera notre présence en France seulement pour exiger qu’elle s’incline face au sang et à la sueur versés pour elle par nos ancêtres. Un discours qui prendra fait et cause pour les banlieues en condamnant un néocolonialisme sévissant sur des générations d’enfants nés ici mais que Mère patrie refuse de reconnaître comme les siens.
Racisme, discriminations, stigmatisation seront convoqués tous azimuts dans ce grand bricolage idéologique alimentant un discours de victimisation faisant fi de la moindre allusion à une possible part de responsabilité. Mais si cette dernière venait à être indiscutablement établie, le discours abattait alors sa dernière carte, son joker, l’argument suprême : « Ce qui arrive est de l’entière responsabilité des Juifs. »

Un discours qui, si ce n’était pas assez, fera la part belle aux thèses complotistes et conspirationnistes. Un discours faisant endosser à la femme le rôle potentiel de cheval de Troie d’un Occident fomentant l’anéantissement de l’oumma, donc de ­l’islam, en la pervertissant. Et cette même femme, parce qu’incarnant le lieu de toutes les tentations sexuelles, devra, d’après l’homme, être cachée. Et au beau milieu des mouvements islamiques, les Frères musulmans ne se sont jamais lassés de ­claironner qu’ils étaient les détenteurs de l’islam authentique.
La question légitime consiste à savoir si ce discours a exercé une influence sur l’émergence, la formation et le développement des formes actuelles de « radicalisation », y compris celle qui mène à la violence. Autrement dit, de quoi la « radicalisation » est-elle l’héritière ?

Filiation commune

En France, chez les Frères musulmans, nous avons passé près d’un demi-siècle à répandre des heures incalculables de propos empreints d’émotion, d’irrationnel, dénués de profondeur, d’esprit critique, opposant la mystification de la modération à l’authenticité des extrêmes.
Il y a là les traces d’une filiation ­commune avec les discours d’autres tendances bien plus intégristes et extrémistes mais qui nous fait appartenir à une même famille : « L’islam [pris au piège] entre l’ignorance de ses adeptes et l’incapacité [de l’en délivrer] de ses savants. » Des adeptes qui, comble de l’ironie, sont pourtant persuadés d’avoir un accès privé et direct à ­l’islam pur. A contrario, un islam ici, maintenant et qui plus est, en langue française, en est l’antithèse parfaite.
Nier cette filiation commune, c’est refuser de voir les similitudes troublantes ­entre le discours des Frères musulmans et celui de l’organisation Etat islamique (EI). Chez les premiers, la restauration du califat figurait en tête de leur programme. N’ayant su le concrétiser, ils ont fini par donner l’impression d’y avoir renoncé.
Le projet de califat, c’est un peu comme dans la pub Sony : les Frères musulmans l’ont rêvé, l’EI l’a fait ! Ce n’est pas par conviction que les Frères musulmans ont revu à la baisse leur ambition, car même sur la base d’arguments théologico-canoniques fondés, ils n’ont pas renoncé au bien-fondé de leur conception d’un monde où la religion doit jouer un rôle majeur.


La grande mosquée de Paris à la veille du Ramadan (2015)

La grande mosquée de Paris à la veille du Ramadan (2015)

La carte de l’amnésie

Leur obstination n’est pas tant liée au souci de se retrouver en mauvais termes avec le « Tout-Puissant » que la crainte de devoir abandonner leurs « acquis » d’entrepreneurs politiques. Dépassés, ils s’imaginent pourtant toujours en compétition dans ce combat de la vérité contre le mensonge (islam versus Occident) et celui de la vérité à l’intérieur de la vérité (au cœur de l’oumma).
Il y a peu d’espoir de voir les adeptes des Frères musulmans s’adonner au mea culpa. En revanche, et pour les connaître, je ne doutais pas que ses ex-membres s’associeraient à une critique contre ce qu’ils n’ont cessé de dénoncer en off.
Comme moi, ils ont partagé et diffusé ce discours nocif. Mais la plupart n’osent admettre l’avoir diffusé et encore moins s’exprimer sur sa nocivité. Soutenant leur refus d’être associés à ma critique, d’autres encore espèrent pouvoir donner le change en s’investissant dans le dialogue interreligieux, en arborant des titres universitaires pompeux.
Ils revendiquent leur enracinement dans leur tradition religieuse, affirment leur attachement au cadre laïque et républicain, mais sont incapables, comme je le fais publiquement depuis quelques années, de reconnaître leurs responsabilités dans la radicalisation des esprits.
Tout en jouant la carte de l’amnésie sur ce pan conséquent et grave de leur histoire, ils ont le culot de pratiquer ce qu’il est convenu d’appeler la meilleure défense, à savoir l’attaque : politiques, médias, intellectuels sont mis à l’index dans des « analyses » où tous les musulmans ne seraient que des victimes.

Pompiers pyromanes

De la part d’« ex »-islamistes, ces postures en font des pompiers pyromanes. En refusant la diffusion de cette critique, ils ne font que confirmer être en possession d’un double discours.
Personnellement, j’admets m’être trompé : de prophète, de Coran, d’islam, de Dieu et de France. Désormais, je ne souhaite plus seulement reconnaître ma part de responsabilité comme je viens de l’évoquer ici, je la revendique à travers mes écrits, spectacles et apparitions dans les médias. Oui, j’aspire ainsi à faire amende honorable. Et je l’espère de tout cœur : pour les hommes, la France et peut-être aussi pour Dieu. D’aucuns devraient peut-être s’en inspirer.


Ecrivain, ancien membre des Frères musulmans en France, Farid Abdelkrim est l’auteur de « L’islam sera français ou ne sera pas » (Les Point sur les I, 2015) et de « Pourquoi j’ai cessé d’être islamiste, Itinéraire au cœur de l’islam en France » (Les Points sur les I, 2015).

Repost 0
Published by jeanrossignol - dans Islam
commenter cet article
1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 14:07

 

Il faut combattre le prosélytisme extrémiste et le sexisme

Le burkini n'est pas une question religieuse mais politique.
Le Conseil d’État aurait du valider les arrêtés en vertu de la légitime limitation du droit à la liberté d'expression

 

 Par Nathalie Heinich (Sociologue)
Le Monde du 30 Août 2016

 

Mon collègue sociologue Michel Wieviorka a publié le 26 août, sur le site Theconversation.fr, une tribune intitulée "Panique morale autour du burkini". "Panique morale" : voilà qui nous ramène aux années 1970 et à la lutte pour les libertés contre les tenants de ce qu'on nommait "l'ordre moral". Dans la culture de gauche - déchirée, depuis les premiers débats sur le voile islamique, par les tensions entre antiracisme et féminisme -, une telle façon de poser le débat revient à l'enterrer : les 
partisans d'une interdiction du "burkini" seraient à la rois irrationnels et moralisateurs. Double peine.
   Mais les fidèles des causes post-soixante-huitardes sont en retard d'une époque, et d'un combat : en plaquant des schémas valables naguère, ils passent à côté des spécificités de la réalité actuelle; et ce faisant, deviennent les premiers fossoyeurs des valeurs qu'ils croient défendre. Exactement comme les pacifistes des années 1930 qui, traumatisés par la guerre de 1914-1918, préférèrent fermer les yeux sur le danger nazi plutôt que de renier leur cause - au risque de perdre, on l'a vu, bien plus que la paix.


LE REFOULÉ OBSCURANTISTE
Aujourd'hui, une semblable pratique du déni, en cherchant l'apaisement, ne fait qu'attiser l'embrasement, comme le montre l'intensité des débats entourant les arrêtés antiburkini. Minimiser le problème, faire comme s'il n'était qu'une énième réitération des guerres de religion ou des réflexes coloniaux, c'est s'interdire de voir ce dont il est un symptôme, et qui n'est pas derrière nous, mais devant nous. Et c'est, par la même, se lier les mains dans la guerre qui nous oppose à un 
ravageur retour du refoulé obscurantiste.
   Dans le contexte de la France d'aujourd'hui (qui n'est ni celui des États-Unis, ni celui de la France d'il y a une génération), l'interdiction des signes religieux les plus extrêmes — la burqa dans les rues, le burkini sur les plages - ne doit plus être une question de laïcité: ce doit être un combat politique contre une manipulation de la religion à des fins d'ordre sexuel, moral, juridique, civique, voire guerrier. En faire une question religieuse, c'est entrer dans le jeu de nos adversaires, qui utilisent cet argument pour imposer leur conception rétrograde de la citoyenneté - la soumission à l'ordre religieux - et de la différence des sexes - la soumission des femmes.
C'est pourquoi, dans le contexte actuel, l’affichage de comportements manifestant l'adhésion à une conception fondamentaliste de l'islam, tel que le port du burkini, ne relève pas de l'exercice d'une religion (va-t-on à la plage pour prier?): il relève de l'expression d'une opinion, et d'une opinion délictueuse, puisqu’il s'agit d'une incitation à la discrimination sexiste, qui en outre banalise et normalise l'idéologie au nom de laquelle on nous fait la guerre. C'est pourquoi le Conseil d’État aurait pu, aurait dû valider les arrêtés antiburkini, en vertu de la légitime limitation du droit à la liberté d'expression.


Nathalie Heinich (Sociologue)

Nathalie Heinich (Sociologue)

UNE CONCEPTION TOTALITAIRE DE L'ISLAM
Prôner l'interdiction du burkini, ce n'est pas être islamophobe : c'est se battre contre une minorité de musulmans qui prétendent imposer dans l'espace public une conception extrémiste et totalitaire de l'islam que ne partage pas, heureusement, une grands partie des musulmans, mais que soutiennent et promeuvent les terroristes appelant au djihad au nom de l'islam. 
Il ne s'agit pas d'un combat des "valeurs chrétiennes" contre les envahisseurs musulmans, ou des racistes contre les immigrés : il s‘agit d'un combat entre ceux des musulmans (et de leurs alliés cultivant la culpabilité postcoloniale) qui refusent les lois et les valeurs du pays dans lequel ils ont choisi de vivre et ceux des musulmans qui aspirent à les respecter et à en profiter — et que nous devons, à tout prix, soutenir.
   Faut-il donc, pour ne pas le comprendre, être aveugle comme la Ligue des droits de l'homme, ou bien de mauvaise foi comme le Collectif contre l'islamophobie en France, qui torpillent la défense des musulmans en ne distinguant pas entre refus de l'islamisme et refus de l'islam, contribuant ainsi à installer la "continuité" entre l'un et l'autre que postulent à tort les islamophobes, alors qu'il s'agit précisément de marquer la différence entre les deux, comme la réclament la plupart des musulmans?


   Il faut donc choisir son camp: non pas le camp des sectaires centre les "tolérants", mais le camp des partisans d'un islam respectueux des lois et des valeurs de notre pays - au premier rang desquelles l'égalité entre hommes et femmes et le droit pour celles-ci d'occuper librement l'espace public — contre un islam dévoyé, sexiste, intolérant, violemment prosélyte, et ennemi des libertés car exerçant de puissantes pressions communautaires contre ceux et surtout contre celles qui ne se 
plieraient pas à ses règles archaïques.


   "Pas de liberté pour les ennemis de la liberté": c'était bien un slogan politique, n'est-ce pas? Est-ce parce qu’il est ici question de femmes qu'on dénie la dimension politique du problème, au profit d'une dimension religieuse et morale?
   Alors, camarades qui vous dites et vous pensez de gauche, il est temps de choisir votre camp : de quels musulmans décidez-vous de soutenir le combat? Allez-vous enfin accepter de lutter pour la liberté des musulmanes de ne pas se voiler sans risquer la stigmatisation, ce risque qui pousse trop d'entre elles, en France et ailleurs, à "choisir" le voile juste "pour avoir la paix"? 

La réponse à cette question ne relève ni de la "panique", ni du moralisme: elle relève de l'intelligence politique, grâce à laquelle la France pourrait devenir non plus la risée des aveugles, mais un modèle.






 

Repost 0
Published by jeanrossignol - dans islam
commenter cet article
29 août 2016 1 29 /08 /août /2016 18:37

 

Burkini : L'ordonnance du 26 août sur le burkini ne règle rien


Il est inexact inexact de dire que la décision du Conseil d’État "fait jurisprudence" et il reviendra au Parlement de trancher
Par SERGE SUR (Le Monde du 27 Août 2016)

Serge Sur

Serge Sur

Saisi en appel d'un référé liberté, le Conseil d’État désavoue le maire de Villeneuve-Loubet (Alpes Maritimes). qui avait pris un arrêt contre le "burkini", et le tribunal administratif de Nice qui ne l'avait pas suspendu.
Il le fait dans des termes simples et clairs, allant directement au but avec l'économie de moyens dont il est coutumier. Son ordonnance est incontestable lorsqu'il évoque la Constitution en premier dans les visas, là où le tribunal administratif de Nice mentionnait la Convention européenne des droits de l'homme. 
Le débat est il tranché pour autant comme le clament les partisans du burkini, les tenants d'une conception absolutiste des droits de l'homme et les médias?
Nullement, car l'ordonnance n'est qu'une décision d'espèce et se présente comme telle. Elle laisse en outre planer un doute sur les bases de la politique juridique du Conseil.
Au cours du débat public qui a occupé les esprits depuis le début du mois d'août à partir de la trentaine d'arrêtés similaires pris par diverses communes, nombre d'arguments ont été échangés.
Contre ces arrêtés, les arguments échangés sur la liberté de manifester ses convictions religieuses dans l'espace public, la liberté d'aller et venir, la liberté de conscience et la liberté individuelle ont été avancés.
Pour leur légalité, nous avons eu d'autres arguments : le principe de laïcité auquel portent atteinte des manifestations ostentatoires de conviction religieuse, la discrimination que traduit le port de vêtements couvrant intégralement le corps des femmes, l'expression spectaculaire d'une soumission féminine que consacre le Coran et qui ne devrait pas trouver place dans l'espace public. Au centre, l'ordre public que ces exhibitions menacent de troubler, dans le contexte de tension qui fait suite aux attentats notamment celui du 14 juillet à Nice, proche de Villeneuve-Loubet. Son maire, se fondant sur son pouvoir de police municipale, a entendu prévenir les troubles que pouvaient provoquer ces ostentations de la foi religieuse, peu appropriés dans le contexte vacancier et ludique de la baignade.
De ce débat, de l'argumentation du maire et de celle du tribunal administratif, le Conseil d’État ne retient rien. Balayée la laïcité, oubliée la discrimination, foin des droits des femmes, il trace rapidement son chemin vers la suspension par une série d'affirmations relevant de l'imperatoria brevitas (impératif de brièveté) qui lui est chère. L'ordonnance n'est certes qu'une mesure provisoire, sans autorité de chose jugée, mais en réalité il s'agit bien d'un jugement sur lequel le Conseil ne reviendra sans doute pas en raison de la force des termes qu'il utilise. Une justice rapide, mais un jugement accéléré, mais un jugement expéditif. Il repose en effet sur son interprétation de l'ordre public. Le Conseil d’État déclare qu'il n'est pas troublé par le burkini. Or cette appréciation est à la fois subjective et à géométrie variable dans sa jurisprudence.


Burkini : L'ordonnance du 26 août sur le burkini ne règle rien

Une politique de gribouille


Le Conseil d’État se réfère à une conception étroite de l'ordre public, celle de l'absence de violence ou de manifestations hostiles sur les plages. C'est très bien, mais le Conseil d’État n'a pas toujours eu cette conception restrictive. L'ordre public est avec lui une sorte de Fregoli du droit administratif. Dans d'autres affaires, il a incorporé dans l'ordre public un principe de dignité qui lui a permis par exemple de condamner le "lancer de nain" ou d'interdire un spectacle de Dieudonné alors qu'aucune manifestation hostile ne le visait. 
Dans l'affirmation du jour, le Conseil se comporte en juge du fait et substitue son affirmation à celle du maire comme supérieur hiérarchique. Ce faisant, il ne rend qu'une décision d'espèce, ce qui est au demeurant la nature du référé, puisque dans d'autres circonstances l'ordre public pourrait justifier l'interdiction du burkini. Il est donc inexact de dire que cette ordonnance du 26 août « fait jurisprudence » ou tranche la question.
Ajoutons que le raisonnement du juge sur la condition d'urgence, nécessaire à l'admission du référé est tout à fait curieux. Pour lui, ce n'est pas une condition de l'admission du référé, mais une simple conséquence de l'illégalité qu'il affirme. Donc, dès qu'il y a illégalité, il y a urgence. 
Toute illégalité, même virtuelle et sans application immédiate, justifie une suspension par référé liberté.  Ce n'est pas ce que dit l'article L 521-2 du code de justice administrative qui fait de l'urgence une condition préalable. On peut penser qu'il y a d'autant moins d'urgence en l’occurrence que la méconnaissance de l'arrêté est sanctionnée par une simple amende, qui peut être contestée devant le juge judiciaire. A supposé que l'arrêté soit illégal, celui-ci l'écartera et donc l'amende. 
Entre condition et conséquence, le Conseil d’État inverse les termes de l'article L 521-2 et pratique une politique de gribouille. Mais ce qui lui importe est de suspendre.

 

L'ordonnance ne peut trancher les questions de fond, et il reviendra éventuellement au Parlement de le faire. On ne saurait reprocher au Conseil d’État de rester sur le plan du droit positif et de ne pas se comporter en législateur. On peut en revanche lui demander neutralité et impartialité et de ne pas faire intervenir des positions militantes dans la décision. 
Or dans cette ordonnance, les déclarations antérieures de l'un des trois juges posent un sérieux problème d'impartialité. 
Dans un rapport sur la politique d'intégration de la France, en 2013, il a rejeté l'intégration, remplacée par une « société inclusive » et « dénonce la célébration du passé révolu d'une France chevrotante et confite dans des traditions imaginaires ». La laïcité est elle au nombre de ces traditions imaginaires? Au Coran et à son affirmation de l'infériorité des femmes on peut préférer la Constitution de 1946 et l'égalité des sexes - un passé révolu? Il est triste d'observer qu'une décision rendue le jour anniversaire de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ignore à ce point la dignité des femmes.




Serge Sur est professeur émérite en droit public à l'Université Paris-II Panthéon-Assas


Burkini : L'ordonnance du 26 août sur le burkini ne règle rien
Repost 0
Published by jeanrossignol - dans islam
commenter cet article
16 août 2016 2 16 /08 /août /2016 12:38

Si j'étais leader révolutionnaire de l'islam de France, voilà comment je placerais mes pions 


Jean Rossignol le 16 Août 2016

 

Une partie chez les anti homosexuels, je demanderai aux imams de faire campagne contre le mariage pour tous avec les catholiques intégristes. J'aurais comme slogan : halte à la théorie du genre.
Une partie chez les gays (LGBT), très soucieux de la défense des minorités. J'aurais comme slogan : halte à l'homophobie et à l'islamophobie.
Une partie chez les défenseurs de la liberté d'expression et de la laïcité. J'ordonnerai à tous mes soldats et à leur femmes de jouer à fond la carte victimaire et du racisme.

 

Tous Unis - Jean Rossignol, Hôtel de Ville de Marseille, Juillet 2016

Tous Unis - Jean Rossignol, Hôtel de Ville de Marseille, Juillet 2016

Parallèlement j'engagerai la bataille urbaine en demandant aux femmes, en premier, de se voiler, de préférence en noir, mais pour les jeunes filles, je me servirai de la mode musulmane plus colorée. Ensuite, quand les temps (proches) seront propices, je demanderai aux hommes de sortir en djellabas. Le but étant de faire peur à la population, d'amorcer le sentiment d'insécurité. 
Mais l'autre but, plus pratique étant de pouvoir cacher plusieurs objets sous ces vêtements amples (couteaux, machettes, bombes,...).

 

La peur s'installant dans les quartiers et les centres urbains, il sera bien plus facile à mes "soldats" (d'Allah) de se déplacer. Je compte bien évidemment sur la passion et le sentiment de joie de celles et ceux qui servent ma stratégie. Chaque victoire, chaque ennemi éliminé décuplera leur courage.

Si j'étais leader révolutionnaire de l'islam de France, voilà comment je placerais mes pions

J'ordonnerai à tous mes imams d'imposer entre 5 et 10 prières par jour, avec des préceptes bien précis sur les femmes, la pudeur, l'anéantissement de Rome, et surtout qu'il n'y a qu'un dieu, qu'il est tout puissant, et qu'il vous demande de vaincre les non croyants.
 

Si j'étais leader révolutionnaire de l'islam de France, voilà comment je placerais mes pionsSi j'étais leader révolutionnaire de l'islam de France, voilà comment je placerais mes pions
Si j'étais leader révolutionnaire de l'islam de France, voilà comment je placerais mes pionsSi j'étais leader révolutionnaire de l'islam de France, voilà comment je placerais mes pions

Comment gagner en France. D'abord considérons que dans toute stratégie révolutionnaire, il est indispensable de cacher la vérité de peur de faire échouer le plan. Chacun aura ses ordres et ses informations, non discutables.
Dans ce pays où il n'y a que 3% de musulmans et plus de 60% de laïcs, je compte sur les divisions ci dessus évoquées, je compte sur l'habilité tactique de mes militants.


Par dessus tout, je bénis la paresse de ces démocrates qui seront prêts à céder le terrain, petit à petit, obnubilés qu'ils sont par la liberté d'expression qu'ils confondent avec les droits de l'homme.
Je caresserai bien sur du poil tous les machistes, les masochistes femmes, juifs ou LGBT, tous les chrétiens qui ne veulent pas des abominations qu'elles soient sodomites ou non naturelles.
Aujourd'hui, je caresserai du poil la gauche pourfendeuse du racisme et des faibles. Puis, comme ce sera la droite qui accédera au pouvoir, je défendrai la chrétienté, et j'alimenterai ses leaders d'un peu d'argent en échange de bons et loyaux services.


Ma branche armée, pour l'instant se contente de quelques attentats pour semer le trouble, mais elle sera bientôt prête à cueillir le fruit bien mûri par notre stratégie, bien mise en œuvre par notre branche officielle, démocrate, laïque et républicaine.
Inch Allah.

 

Jean Rossignol

Jean Rossignol, Mucem, Juin 2016

Jean Rossignol, Mucem, Juin 2016

Repost 0
Published by jeanrossignol - dans Islam
commenter cet article
18 juin 2016 6 18 /06 /juin /2016 08:31
Gay, communiste, universaliste et antiraciste Un avant et un après Orlando

Gay, communiste, universaliste et antiraciste
Islam radical : 
Un avant et un après Orlando

(Article publié dans l'Humanité le Jeudi 16 juin 2016)

 

Gay, communiste, universaliste et antiraciste! Par où faut-il commencer pour ne pas être disqualifié d'emblée? Rappeler que je suis fils de métisse, petit-fils de Noir martiniquais? Pas assez Noir, probablement. L'été, mes racines antillaises remontent à la surface. Ma peau fonce et mon poil frise. C'est un avantage par les temps qui courent car la pensée ne pése plus lourd en comparaison des particularismes ethniques et religieux. "Je suis une victime, donc j'existe."

Je dispose de sept ans d'homophobie quotidienne à mon actif. Ne souhaitant pas intégrer le collége public où je redoutais les brimades des petits caïds en survêt et casquette, j'ai poursuivi ma scolarité dans un collége privée catholique. Malgré l'apparente autorité de l’administration, je n'ai cessé d'être moqué et maltraité pendant sept ans. Crachats, coups, insultes, lancers de sac à dos en plein visage, menaces, mépris de la direction - "Que voulez-vous, il y a des choses qui se voient", lancait-elle au jeune homosexuel que j'étais - tel était le quotidien haineux auquel j'ai survécu.
Je sais donc parfaitement ce que signifle la haine, le rejet, la discrimination, la violence organisée et instituée, les silences complices. C'était du racisme, ni plus, ni moins. On ne me traitait ni de négro ni de bougnoule, mais de pédé, de pédale, de tapette, de fiotte, de tante, de tantouze, de tafiole, etc.

Les "pédés" bénéficient, il est vrai, de bien plus grande variété d‘insultes que les Noirs et les Arabes.

Privilège? Cette haine des petits Blancs, je la connais. Je l'ai expérimentée et subie durant toute mon adolescence. Et pourtant, ai-je le moindre ressentiment aujourd'hui ? Non. Je souris depuis l'Amérique du Nord en songeant à ce qu'ils sont devenus, des êtres fades et médiocres, ternes et sans relief, qui n'imaginent pas à quel point l'homosexualité, après avoir été une malédiction, m'a finalement émancipé.

 

Il serait temps que les minorités sexuelles vivant dans les pays démocratiques et laïques et les associations qui prétendent défendre leur cause et leurs droits prennent la mesure de la tragédie qui se déroule sous leurs yeux.
Osons nommer l'islam radical une fois pour toutes, cette idéologie mortifère, fondamentaliste et fondamentalement homophobe. De même qu'il y a un avant et un après Charlie et un avant et un après l'hyper Cacher, un avant et on après Bataclan, il y a désormais un avant et un après-Orlando. Tout comme les blasphémateurs ou les juifs, les homosexuels constituent aujourd'hui une cible de choix. Ce sont les homosexuels en tant que sujets libres, émancipés du poids des traditions et autres carcans religieux qui peuvent à tout instant subir la folie d'un islam totalitaire que l'on voit chaque jour davantage monter en puissance. N'oublions jamais.


Alban Ketelbuters
Doctorant en études littéraires à l'université du Québec à Montréal (Uqam)

Repost 0
Published by jeanrossignol - dans Société LGBT Islam
commenter cet article