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1 septembre 2016 4 01 /09 /septembre /2016 14:07

 

Il faut combattre le prosélytisme extrémiste et le sexisme

Le burkini n'est pas une question religieuse mais politique.
Le Conseil d’État aurait du valider les arrêtés en vertu de la légitime limitation du droit à la liberté d'expression

 

 Par Nathalie Heinich (Sociologue)
Le Monde du 30 Août 2016

 

Mon collègue sociologue Michel Wieviorka a publié le 26 août, sur le site Theconversation.fr, une tribune intitulée "Panique morale autour du burkini". "Panique morale" : voilà qui nous ramène aux années 1970 et à la lutte pour les libertés contre les tenants de ce qu'on nommait "l'ordre moral". Dans la culture de gauche - déchirée, depuis les premiers débats sur le voile islamique, par les tensions entre antiracisme et féminisme -, une telle façon de poser le débat revient à l'enterrer : les 
partisans d'une interdiction du "burkini" seraient à la rois irrationnels et moralisateurs. Double peine.
   Mais les fidèles des causes post-soixante-huitardes sont en retard d'une époque, et d'un combat : en plaquant des schémas valables naguère, ils passent à côté des spécificités de la réalité actuelle; et ce faisant, deviennent les premiers fossoyeurs des valeurs qu'ils croient défendre. Exactement comme les pacifistes des années 1930 qui, traumatisés par la guerre de 1914-1918, préférèrent fermer les yeux sur le danger nazi plutôt que de renier leur cause - au risque de perdre, on l'a vu, bien plus que la paix.


LE REFOULÉ OBSCURANTISTE
Aujourd'hui, une semblable pratique du déni, en cherchant l'apaisement, ne fait qu'attiser l'embrasement, comme le montre l'intensité des débats entourant les arrêtés antiburkini. Minimiser le problème, faire comme s'il n'était qu'une énième réitération des guerres de religion ou des réflexes coloniaux, c'est s'interdire de voir ce dont il est un symptôme, et qui n'est pas derrière nous, mais devant nous. Et c'est, par la même, se lier les mains dans la guerre qui nous oppose à un 
ravageur retour du refoulé obscurantiste.
   Dans le contexte de la France d'aujourd'hui (qui n'est ni celui des États-Unis, ni celui de la France d'il y a une génération), l'interdiction des signes religieux les plus extrêmes — la burqa dans les rues, le burkini sur les plages - ne doit plus être une question de laïcité: ce doit être un combat politique contre une manipulation de la religion à des fins d'ordre sexuel, moral, juridique, civique, voire guerrier. En faire une question religieuse, c'est entrer dans le jeu de nos adversaires, qui utilisent cet argument pour imposer leur conception rétrograde de la citoyenneté - la soumission à l'ordre religieux - et de la différence des sexes - la soumission des femmes.
C'est pourquoi, dans le contexte actuel, l’affichage de comportements manifestant l'adhésion à une conception fondamentaliste de l'islam, tel que le port du burkini, ne relève pas de l'exercice d'une religion (va-t-on à la plage pour prier?): il relève de l'expression d'une opinion, et d'une opinion délictueuse, puisqu’il s'agit d'une incitation à la discrimination sexiste, qui en outre banalise et normalise l'idéologie au nom de laquelle on nous fait la guerre. C'est pourquoi le Conseil d’État aurait pu, aurait dû valider les arrêtés antiburkini, en vertu de la légitime limitation du droit à la liberté d'expression.


Nathalie Heinich (Sociologue)

Nathalie Heinich (Sociologue)

UNE CONCEPTION TOTALITAIRE DE L'ISLAM
Prôner l'interdiction du burkini, ce n'est pas être islamophobe : c'est se battre contre une minorité de musulmans qui prétendent imposer dans l'espace public une conception extrémiste et totalitaire de l'islam que ne partage pas, heureusement, une grands partie des musulmans, mais que soutiennent et promeuvent les terroristes appelant au djihad au nom de l'islam. 
Il ne s'agit pas d'un combat des "valeurs chrétiennes" contre les envahisseurs musulmans, ou des racistes contre les immigrés : il s‘agit d'un combat entre ceux des musulmans (et de leurs alliés cultivant la culpabilité postcoloniale) qui refusent les lois et les valeurs du pays dans lequel ils ont choisi de vivre et ceux des musulmans qui aspirent à les respecter et à en profiter — et que nous devons, à tout prix, soutenir.
   Faut-il donc, pour ne pas le comprendre, être aveugle comme la Ligue des droits de l'homme, ou bien de mauvaise foi comme le Collectif contre l'islamophobie en France, qui torpillent la défense des musulmans en ne distinguant pas entre refus de l'islamisme et refus de l'islam, contribuant ainsi à installer la "continuité" entre l'un et l'autre que postulent à tort les islamophobes, alors qu'il s'agit précisément de marquer la différence entre les deux, comme la réclament la plupart des musulmans?


   Il faut donc choisir son camp: non pas le camp des sectaires centre les "tolérants", mais le camp des partisans d'un islam respectueux des lois et des valeurs de notre pays - au premier rang desquelles l'égalité entre hommes et femmes et le droit pour celles-ci d'occuper librement l'espace public — contre un islam dévoyé, sexiste, intolérant, violemment prosélyte, et ennemi des libertés car exerçant de puissantes pressions communautaires contre ceux et surtout contre celles qui ne se 
plieraient pas à ses règles archaïques.


   "Pas de liberté pour les ennemis de la liberté": c'était bien un slogan politique, n'est-ce pas? Est-ce parce qu’il est ici question de femmes qu'on dénie la dimension politique du problème, au profit d'une dimension religieuse et morale?
   Alors, camarades qui vous dites et vous pensez de gauche, il est temps de choisir votre camp : de quels musulmans décidez-vous de soutenir le combat? Allez-vous enfin accepter de lutter pour la liberté des musulmanes de ne pas se voiler sans risquer la stigmatisation, ce risque qui pousse trop d'entre elles, en France et ailleurs, à "choisir" le voile juste "pour avoir la paix"? 

La réponse à cette question ne relève ni de la "panique", ni du moralisme: elle relève de l'intelligence politique, grâce à laquelle la France pourrait devenir non plus la risée des aveugles, mais un modèle.






 

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29 août 2016 1 29 /08 /août /2016 18:37

 

Burkini : L'ordonnance du 26 août sur le burkini ne règle rien


Il est inexact inexact de dire que la décision du Conseil d’État "fait jurisprudence" et il reviendra au Parlement de trancher
Par SERGE SUR (Le Monde du 27 Août 2016)

Serge Sur

Serge Sur

Saisi en appel d'un référé liberté, le Conseil d’État désavoue le maire de Villeneuve-Loubet (Alpes Maritimes). qui avait pris un arrêt contre le "burkini", et le tribunal administratif de Nice qui ne l'avait pas suspendu.
Il le fait dans des termes simples et clairs, allant directement au but avec l'économie de moyens dont il est coutumier. Son ordonnance est incontestable lorsqu'il évoque la Constitution en premier dans les visas, là où le tribunal administratif de Nice mentionnait la Convention européenne des droits de l'homme. 
Le débat est il tranché pour autant comme le clament les partisans du burkini, les tenants d'une conception absolutiste des droits de l'homme et les médias?
Nullement, car l'ordonnance n'est qu'une décision d'espèce et se présente comme telle. Elle laisse en outre planer un doute sur les bases de la politique juridique du Conseil.
Au cours du débat public qui a occupé les esprits depuis le début du mois d'août à partir de la trentaine d'arrêtés similaires pris par diverses communes, nombre d'arguments ont été échangés.
Contre ces arrêtés, les arguments échangés sur la liberté de manifester ses convictions religieuses dans l'espace public, la liberté d'aller et venir, la liberté de conscience et la liberté individuelle ont été avancés.
Pour leur légalité, nous avons eu d'autres arguments : le principe de laïcité auquel portent atteinte des manifestations ostentatoires de conviction religieuse, la discrimination que traduit le port de vêtements couvrant intégralement le corps des femmes, l'expression spectaculaire d'une soumission féminine que consacre le Coran et qui ne devrait pas trouver place dans l'espace public. Au centre, l'ordre public que ces exhibitions menacent de troubler, dans le contexte de tension qui fait suite aux attentats notamment celui du 14 juillet à Nice, proche de Villeneuve-Loubet. Son maire, se fondant sur son pouvoir de police municipale, a entendu prévenir les troubles que pouvaient provoquer ces ostentations de la foi religieuse, peu appropriés dans le contexte vacancier et ludique de la baignade.
De ce débat, de l'argumentation du maire et de celle du tribunal administratif, le Conseil d’État ne retient rien. Balayée la laïcité, oubliée la discrimination, foin des droits des femmes, il trace rapidement son chemin vers la suspension par une série d'affirmations relevant de l'imperatoria brevitas (impératif de brièveté) qui lui est chère. L'ordonnance n'est certes qu'une mesure provisoire, sans autorité de chose jugée, mais en réalité il s'agit bien d'un jugement sur lequel le Conseil ne reviendra sans doute pas en raison de la force des termes qu'il utilise. Une justice rapide, mais un jugement accéléré, mais un jugement expéditif. Il repose en effet sur son interprétation de l'ordre public. Le Conseil d’État déclare qu'il n'est pas troublé par le burkini. Or cette appréciation est à la fois subjective et à géométrie variable dans sa jurisprudence.


Burkini : L'ordonnance du 26 août sur le burkini ne règle rien

Une politique de gribouille


Le Conseil d’État se réfère à une conception étroite de l'ordre public, celle de l'absence de violence ou de manifestations hostiles sur les plages. C'est très bien, mais le Conseil d’État n'a pas toujours eu cette conception restrictive. L'ordre public est avec lui une sorte de Fregoli du droit administratif. Dans d'autres affaires, il a incorporé dans l'ordre public un principe de dignité qui lui a permis par exemple de condamner le "lancer de nain" ou d'interdire un spectacle de Dieudonné alors qu'aucune manifestation hostile ne le visait. 
Dans l'affirmation du jour, le Conseil se comporte en juge du fait et substitue son affirmation à celle du maire comme supérieur hiérarchique. Ce faisant, il ne rend qu'une décision d'espèce, ce qui est au demeurant la nature du référé, puisque dans d'autres circonstances l'ordre public pourrait justifier l'interdiction du burkini. Il est donc inexact de dire que cette ordonnance du 26 août « fait jurisprudence » ou tranche la question.
Ajoutons que le raisonnement du juge sur la condition d'urgence, nécessaire à l'admission du référé est tout à fait curieux. Pour lui, ce n'est pas une condition de l'admission du référé, mais une simple conséquence de l'illégalité qu'il affirme. Donc, dès qu'il y a illégalité, il y a urgence. 
Toute illégalité, même virtuelle et sans application immédiate, justifie une suspension par référé liberté.  Ce n'est pas ce que dit l'article L 521-2 du code de justice administrative qui fait de l'urgence une condition préalable. On peut penser qu'il y a d'autant moins d'urgence en l’occurrence que la méconnaissance de l'arrêté est sanctionnée par une simple amende, qui peut être contestée devant le juge judiciaire. A supposé que l'arrêté soit illégal, celui-ci l'écartera et donc l'amende. 
Entre condition et conséquence, le Conseil d’État inverse les termes de l'article L 521-2 et pratique une politique de gribouille. Mais ce qui lui importe est de suspendre.

 

L'ordonnance ne peut trancher les questions de fond, et il reviendra éventuellement au Parlement de le faire. On ne saurait reprocher au Conseil d’État de rester sur le plan du droit positif et de ne pas se comporter en législateur. On peut en revanche lui demander neutralité et impartialité et de ne pas faire intervenir des positions militantes dans la décision. 
Or dans cette ordonnance, les déclarations antérieures de l'un des trois juges posent un sérieux problème d'impartialité. 
Dans un rapport sur la politique d'intégration de la France, en 2013, il a rejeté l'intégration, remplacée par une « société inclusive » et « dénonce la célébration du passé révolu d'une France chevrotante et confite dans des traditions imaginaires ». La laïcité est elle au nombre de ces traditions imaginaires? Au Coran et à son affirmation de l'infériorité des femmes on peut préférer la Constitution de 1946 et l'égalité des sexes - un passé révolu? Il est triste d'observer qu'une décision rendue le jour anniversaire de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ignore à ce point la dignité des femmes.




Serge Sur est professeur émérite en droit public à l'Université Paris-II Panthéon-Assas


Burkini : L'ordonnance du 26 août sur le burkini ne règle rien
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24 août 2016 3 24 /08 /août /2016 09:41

Philippe Lançon 
La danse du Burkini

"Les femmes-grenouilles me gênent d’autant moins que bientôt je ressemblerai à un crapaud"

Charlie Hebdo le 24 Août 2016

Philippe Lançon Les femmes-grenouilles me gênent d’autant moins que bientôt je ressemblerai à un crapaud. La danse du Burkini

Les femmes-grenouilles, seraient-elles en hermétique combinaison de soie ou d’acrylique plutôt qu'en peau de requin, me gênent d’autant moins que bientôt je ressemblerai a un crapaud. On me mettra des ballonnets sous la peau du visage, pas trop près des cicatrices existantes. Une infirmière les gonflera délicatement, jour après jour, pour éviter d’endommager la peau, jusqu’au moment, s’il arrive, ou celle-ci aura produit assez de surplus. Alors on découpera ce surplus et on le greffera à la place de la peau de jambe qui me recouvre le menton. 
De nouveau j’aurai un visage relativement uni et des poils de barbe à l’endroit ou les chroniqueurs d’importance déposent la tête sur la main pour suggérer qu’il leur arrive, comme Socrate, de penser.
Il est rare que le texte imprimé sous leur photo prolonge cette illusion. Mais la photo n'est qu’un miroir tendu au lecteur pour qu’il se croie intelligent. Et les miroirs, comme les selfies, mentent. 
Ils exagèrent les asymétries, les déformations.
Les consciences et les visages sont bien assez déformés comme ça. Il y a quelque rapport entre les greffes de peau et les collages cubistes. Mais le but, me semble t-il, est inverse. 
Les cubistes collaient dans la peinture des éléments hétérogènes, issus de la vie quotidienne, pour produire des effets de réalité sur la toile et pour les souligner. Les chirurgiens greffent sur le visage de la peau de visage pour travailler la réalité, pour l’unir plutôt, sans le souligner. L'objectif est qu'à la fin le collage ne se voie plus — ou le moins possible; qu’il disparaisse, comme dans la peinture classique où techniques et procédés semblent se dissoudre dans le sujet. Il faut être à une certaine distance pour ne plus voir les artifices du peintre : pour profiter du spectacle — ce spectacle que les cubistes ont déconstruit. 


A quelle distance devront être mes interlocuteurs pour croire que mon visage n'a rien subi?

Philippe Lançon Les femmes-grenouilles me gênent d’autant moins que bientôt je ressemblerai à un crapaud. La danse du Burkini

D’ici la, pendant deux ou trois mois, j’aurai donc l’air d’un crapaud-buffle ou d’un goéland à la saison des amours. Est-ce moi qui ai trouvé ces comparaisons? Est-ce l’un de mes chirurgiens? 
Ou un ami ? J’ai oublié. Quand le corps est l’objet de transformations permanentes et plus ou moins baroques, il arrive un moment où l’on ne sait plus si ses métamorphoses ont été qualifiées par soi-même ou par d’autres. 
Trouver les mots pour le dire est important, mais il est surtout essentiel de se les approprier, quitte a les piquer chez d'autres. Plus ils circulent dans la fantaisie, mieux l'imagination aide à se venger du destin qu’elle apprivoise. Elle le rattrape, et la vie, comme un joueur de poker, comme la peau, se refait. 


Cet automne, moi le crapaud, je serai solidaire des femmes-grenouilles. Mais il est vrai qu'à cette époque les plages seront de nouveau vides. 
Les voiles et les barbes auront regagné l'angle plus ou moins mort de leurs pénates citadins. 



Cet été, dans Paris, on voyait partout une affiche d’Ava Gardner en Bikini jaune : une exposition célébrait les soixante-dix ans du célèbre maillot de bain. Souvent, les affiches étaient collées sur des panonceaux de carrefour ou sur des bornes électriques. La splendide Ava lévitait comme un fantôme par-dessus les sans-abri venus d'ailleurs, de partout.  Assis ou allongés, ils fleurissaient obscurément dans le vide de la ville presque déserte. L’actrice ne semblait pas même les narguer : son corps et sa santé les ignoraient, son sourire s’adressait au monde qui les entoure et dans lequel ils ne vivent pas. 
C'est alors qu’a débuté la polémique sur le burkini. Relativement étranger à l’actualité depuis qu’elle m’a refait le portrait, j’ai d’abord cru par assonance qu’elle nous venait du Burkina Faso et  j'ai pensé au défunt et regretté Thomas Sankara. Il aimait les femmes et les voulait plus libres.

Philippe Lançon Les femmes-grenouilles me gênent d’autant moins que bientôt je ressemblerai à un crapaud. La danse du Burkini

Plages d’Émir

Je me demande si le burkini n'est pas l’un de ces phénomènes ventilés pour permettre à quelques éditorialistes de croire qu’ils servent à quelque chose, et à quelques maires qu’ils ont des principes à propos de n’importe quoi. 
« Tiens! Sur quoi allons-nous nous indigner ou légiférer cette semaine? Concentrons-nous sur quelques musulmanes allant à la mer en tenue d’homme-grenouille et sur quelques Gaulois que leurs tenues exaspèrent. Faisons monter le soufflé, observons et, surtout, prenons fermement position. La république est à ce prix. » Le moment où, comme disait Bernanos, la colère des imbéciles remplit le monde est toujours aussi absurde qu'inquiétant. Les sujets les plus burlesques et les personnages les plus idiots - ou les plus cyniques — s’installent au cœur du débat. Chacun se met à tourner autour d’eux comme si la vie de tous en dépendait. Et la farce est ainsi faite que la vie finit, en effet, par en dépendre. 
Je n’ai aucune sympathie pour une religion qui met les femmes à l’ombre et qui a évolué de telle façon qu’elle flotte dans une pensée magique et rejette l’esprit critique. Mais ce manque de sympathie ne peut ni ne doit faire loi : il est intime. Après tout, être démocrate, c’est d’abord accepter socialement et politiquement ceux qu'on ne supporterait pas, chez soi, plus de quelques minutes. Ceux qui jouent avec les musulmans comme avec des allumettes finiront peut-être par mettre le feu au magasin entier. Les islamistes les y incitent et les y aident. Les greffes de peau échouent parfois. Il faut être patient et soigneux. On ne peut exiger de la peau importée, même si c’est la sienne, qu’elle essuie ses pieds avant d’entrer et s’adapte sur-le-champ, sans aucun ménagement, au terrain qui l'accueille. 


Si les gouvernants des quarante dernières années avaient été aussi habiles, modestes et prévoyants que les bons chirurgiens, la greffe de l’islam en France aurait sans doute été plus simple : une religion devient ce que politiquement on en fait. Il n'y aurait pas eu tant d'infections, d’effets secondaires. Ni tant de barbes, ni le moindre burkini. 


On n'en est plus là. Les poils et les tissus se multiplient, des femmes-grenouilles sortent de l'eau, ou y entrent, comme j'imagine sur un bord de mer d’Abu Dhabi. Il fut un temps pas si lointain ou certaines plages, dans le Golfe, étaient interdites aux Arabes. 
C’était une décision de l'émir.


Charlie Hebdo le 24 Août 2016

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16 août 2016 2 16 /08 /août /2016 12:38

Si j'étais leader révolutionnaire de l'islam de France, voilà comment je placerais mes pions 


Jean Rossignol le 16 Août 2016

 

Une partie chez les anti homosexuels, je demanderai aux imams de faire campagne contre le mariage pour tous avec les catholiques intégristes. J'aurais comme slogan : halte à la théorie du genre.
Une partie chez les gays (LGBT), très soucieux de la défense des minorités. J'aurais comme slogan : halte à l'homophobie et à l'islamophobie.
Une partie chez les défenseurs de la liberté d'expression et de la laïcité. J'ordonnerai à tous mes soldats et à leur femmes de jouer à fond la carte victimaire et du racisme.

 

Tous Unis - Jean Rossignol, Hôtel de Ville de Marseille, Juillet 2016

Tous Unis - Jean Rossignol, Hôtel de Ville de Marseille, Juillet 2016

Parallèlement j'engagerai la bataille urbaine en demandant aux femmes, en premier, de se voiler, de préférence en noir, mais pour les jeunes filles, je me servirai de la mode musulmane plus colorée. Ensuite, quand les temps (proches) seront propices, je demanderai aux hommes de sortir en djellabas. Le but étant de faire peur à la population, d'amorcer le sentiment d'insécurité. 
Mais l'autre but, plus pratique étant de pouvoir cacher plusieurs objets sous ces vêtements amples (couteaux, machettes, bombes,...).

 

La peur s'installant dans les quartiers et les centres urbains, il sera bien plus facile à mes "soldats" (d'Allah) de se déplacer. Je compte bien évidemment sur la passion et le sentiment de joie de celles et ceux qui servent ma stratégie. Chaque victoire, chaque ennemi éliminé décuplera leur courage.

Si j'étais leader révolutionnaire de l'islam de France, voilà comment je placerais mes pions

J'ordonnerai à tous mes imams d'imposer entre 5 et 10 prières par jour, avec des préceptes bien précis sur les femmes, la pudeur, l'anéantissement de Rome, et surtout qu'il n'y a qu'un dieu, qu'il est tout puissant, et qu'il vous demande de vaincre les non croyants.
 

Si j'étais leader révolutionnaire de l'islam de France, voilà comment je placerais mes pionsSi j'étais leader révolutionnaire de l'islam de France, voilà comment je placerais mes pions
Si j'étais leader révolutionnaire de l'islam de France, voilà comment je placerais mes pionsSi j'étais leader révolutionnaire de l'islam de France, voilà comment je placerais mes pions

Comment gagner en France. D'abord considérons que dans toute stratégie révolutionnaire, il est indispensable de cacher la vérité de peur de faire échouer le plan. Chacun aura ses ordres et ses informations, non discutables.
Dans ce pays où il n'y a que 3% de musulmans et plus de 60% de laïcs, je compte sur les divisions ci dessus évoquées, je compte sur l'habilité tactique de mes militants.


Par dessus tout, je bénis la paresse de ces démocrates qui seront prêts à céder le terrain, petit à petit, obnubilés qu'ils sont par la liberté d'expression qu'ils confondent avec les droits de l'homme.
Je caresserai bien sur du poil tous les machistes, les masochistes femmes, juifs ou LGBT, tous les chrétiens qui ne veulent pas des abominations qu'elles soient sodomites ou non naturelles.
Aujourd'hui, je caresserai du poil la gauche pourfendeuse du racisme et des faibles. Puis, comme ce sera la droite qui accédera au pouvoir, je défendrai la chrétienté, et j'alimenterai ses leaders d'un peu d'argent en échange de bons et loyaux services.


Ma branche armée, pour l'instant se contente de quelques attentats pour semer le trouble, mais elle sera bientôt prête à cueillir le fruit bien mûri par notre stratégie, bien mise en œuvre par notre branche officielle, démocrate, laïque et républicaine.
Inch Allah.

 

Jean Rossignol

Jean Rossignol, Mucem, Juin 2016

Jean Rossignol, Mucem, Juin 2016

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18 juin 2016 6 18 /06 /juin /2016 08:31
Gay, communiste, universaliste et antiraciste Un avant et un après Orlando

Gay, communiste, universaliste et antiraciste
Islam radical : 
Un avant et un après Orlando

(Article publié dans l'Humanité le Jeudi 16 juin 2016)

 

Gay, communiste, universaliste et antiraciste! Par où faut-il commencer pour ne pas être disqualifié d'emblée? Rappeler que je suis fils de métisse, petit-fils de Noir martiniquais? Pas assez Noir, probablement. L'été, mes racines antillaises remontent à la surface. Ma peau fonce et mon poil frise. C'est un avantage par les temps qui courent car la pensée ne pése plus lourd en comparaison des particularismes ethniques et religieux. "Je suis une victime, donc j'existe."

Je dispose de sept ans d'homophobie quotidienne à mon actif. Ne souhaitant pas intégrer le collége public où je redoutais les brimades des petits caïds en survêt et casquette, j'ai poursuivi ma scolarité dans un collége privée catholique. Malgré l'apparente autorité de l’administration, je n'ai cessé d'être moqué et maltraité pendant sept ans. Crachats, coups, insultes, lancers de sac à dos en plein visage, menaces, mépris de la direction - "Que voulez-vous, il y a des choses qui se voient", lancait-elle au jeune homosexuel que j'étais - tel était le quotidien haineux auquel j'ai survécu.
Je sais donc parfaitement ce que signifle la haine, le rejet, la discrimination, la violence organisée et instituée, les silences complices. C'était du racisme, ni plus, ni moins. On ne me traitait ni de négro ni de bougnoule, mais de pédé, de pédale, de tapette, de fiotte, de tante, de tantouze, de tafiole, etc.

Les "pédés" bénéficient, il est vrai, de bien plus grande variété d‘insultes que les Noirs et les Arabes.

Privilège? Cette haine des petits Blancs, je la connais. Je l'ai expérimentée et subie durant toute mon adolescence. Et pourtant, ai-je le moindre ressentiment aujourd'hui ? Non. Je souris depuis l'Amérique du Nord en songeant à ce qu'ils sont devenus, des êtres fades et médiocres, ternes et sans relief, qui n'imaginent pas à quel point l'homosexualité, après avoir été une malédiction, m'a finalement émancipé.

 

Il serait temps que les minorités sexuelles vivant dans les pays démocratiques et laïques et les associations qui prétendent défendre leur cause et leurs droits prennent la mesure de la tragédie qui se déroule sous leurs yeux.
Osons nommer l'islam radical une fois pour toutes, cette idéologie mortifère, fondamentaliste et fondamentalement homophobe. De même qu'il y a un avant et un après Charlie et un avant et un après l'hyper Cacher, un avant et on après Bataclan, il y a désormais un avant et un après-Orlando. Tout comme les blasphémateurs ou les juifs, les homosexuels constituent aujourd'hui une cible de choix. Ce sont les homosexuels en tant que sujets libres, émancipés du poids des traditions et autres carcans religieux qui peuvent à tout instant subir la folie d'un islam totalitaire que l'on voit chaque jour davantage monter en puissance. N'oublions jamais.


Alban Ketelbuters
Doctorant en études littéraires à l'université du Québec à Montréal (Uqam)

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16 mai 2016 1 16 /05 /mai /2016 13:58

 

« Contre la logique séparatrice, il faut défendre la mixité comme principe sociopolitique »
Par François Noudelmann, professeur à l’université de Paris-VIII
Le Monde du 12 Mai 2016

http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/05/11/contre-la-logique-separatrice-il-faut-defendre-la-mixite-comme-principe-sociopolitique_4917546_3232.html#YBTSltR4vHhtrtVf.99


 

Depuis les attentats contre Charlie Hebdo, un discours critique est apparu chez certains universitaires qui emploient un langage racial, identifiant des paroles blanches ou non-blanches. Cette répartition des êtres parlants selon leur couleur a été revendiquée par des enseignants de l’université de Paris-VIII lors des grèves contre la « loi travail » et récemment par les signataires d’une pétition demandant que la non-mixité soit reconnue comme un droit (Mediapart, le 4 mai).


Ces appels provenant d’une université issue, en 1969, d’un désir contestataire révèlent un dévoiement de son esprit et de ses pratiques. Dans cette université-monde se croisent des étudiant(e)s aux origines et aux cultures diverses. Les langues, les couleurs et les styles de vie cohabitent, les tenues voilées les plus variées côtoyant les plus dénudées, la plupart se rassemblant dans les lieux de savoir et de recherche.


La promotion d’activités séparées entre Blancs et non-Blancs, même si ses défenseurs « blancs » déclarent soutenir les autres, est symptomatique de la trahison par une certaine gauche des idéaux libertaires de 68 qui défendaient l’égalité des races et des sexes, la liberté sexuelle, le droit à l’irréligion, l’accueil des marginaux et, plus généralement, l’hybridation infinie des corps, des savoirs et des pensées.


En répartissant la société en Blancs dominants et non-Blancs dominés, ce nouveau discours de gauche rejoue une vieille rengaine marxiste, sans imagination, antérieure à Sartre, Marcuse ou Castoriadis. Il cherche désespérément à remplir la place vide du prolétaire perdu par une victime indistincte, totem de tous les opprimés, définie comme « non-blanche », et qui serait le dernier recours pour relancer la dialectique révolutionnaire.


« Contre la logique séparatrice, il faut défendre la mixité comme principe sociopolitique »

Rhétorique identitaire dépassée


En hypostasiant les opprimés qui se retrouvent enclos dans une culture homogène, ce marxisme en loques se rhabille avec une rhétorique identitaire que les campus américains ont promue et déjà dépassée. Mais les suiveurs politiquement corrects la décalquent naïvement sur les sociétés européennes qui n’ont pourtant pas la même histoire que les Etats-Unis. Plus profondément, derrière ces arguments se cache un moralisme qui n’a rien de politique, volant au secours des faibles et battant noblement sa coulpe.


Les Blancs qui recommandent aux non-Blancs de les exclure montrent qu’ils sont au côté des victimes, dans une abnégation qui les dispense de toute analyse, notamment sur les disparités entre groupes victimaires. Ils gardent pour seul guide la bien-pensance qui noie les autres dans l’océan de leur repentir.


La sociologie invoquée par ces dévots contrits masque un credo moral qui les dispense d’analyser leur propre milieu socio-culturel, la déconstruction de l’expérience critique n’étant pas leur fort. Ils n’évitent toutefois pas le paradoxe de rester des Blancs qui parlent pour les « non-Blancs », c’est-à-dire à leur place, et qui reconduisent de surcroît une catégorie ethnocentriste du type « les non-Européens ».


Le droit à la non-mixité ne saurait faire oublier que cette non-mixité est, dans l’histoire des rapports de pouvoir, un devoir et une injonction à la séparation. Les sociétés ou les groupes se distinguent évidemment par des ressemblances et des dissemblances, et des critères empiriques permettent d’identifier ce qui les unit et les sépare.


Un rejet immunitaire des altérités


Que des êtres se regroupent par airs de famille ou intérêts, qu’ils se rallient face à une stigmatisation, qu’ils exigent la reconnaissance des torts passés et présents, rien de plus logique et légitime.


Mais ériger et promouvoir cet entre-soi par principe (sans en être partie prenante), et non par coutume ou circonstance, c’est promouvoir l’idéologie de la séparation, commune à tous les apartheids raciaux, sociaux ou sexuels. C’est aller dans le sens d’un essentialisme qui enferme les individus dans leur prétendue couleur. Et même si la revendication d’un droit à la non-mixité en appelle ici à une inversion de la hiérarchie raciale, mettant le Blanc en position de retrait, elle encourage l’idée d’une inégalité des races et la pulsion d’un rejet immunitaire des altérités.


L’histoire des luttes émancipatrices témoigne au contraire que la mixité est une victoire contre la séparation : celle des hommes et des femmes, des pauvres et des riches dans les écoles, les espaces publics, les institutions, les emplois ; celle des êtres de couleurs différentes et leur droit à former des « couples mixtes ». A l’heure où ces mixités sont remises en cause, notamment par les religions, dans les établissements scolaires, les hôpitaux, les piscines ou les usages matrimoniaux, l’appel à soutenir un droit à la non-mixité consonne avec les pouvoirs obscurantistes.


Plus pernicieuse encore, la rhétorique de la séparation aboutit à l’exclusion de ceux qui n’entrent pas dans le dualisme des Blancs et des non-Blancs. Où doivent se situer les métis, les bi, les hors-de-soi et tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans ces assignations ? Ceux-là n’ont pas de place dans les catégories racialistes de gauche et de droite.


Terminologie raciale


Face aux groupes de « parole non-blanche », doivent-ils penser que leur parole est de couleur gris clair ou blanc sombre ? Seront-ils soumis à la terminologie raciale qui définissait dans les sociétés d’apartheid des proportions, un quart de blanc ou un huitième de non-Blanc, pour savoir s’ils peuvent participer aux discussions ?


Dans la scission de la gauche entre, d’une part, le républicanisme qui masque les discriminations réelles derrière l’universel abstrait et, d’autre part, l’identitarisme qui désigne les individus par leurs couleurs et généalogies, il est temps de faire entendre d’autres voix. Contre la logique séparatrice, il faut défendre la mixité comme principe sociopolitique et, au-delà, promouvoir les imaginaires de la rencontre, des interstices, des créolisations, des personnalités multiples et des affinités électives.


François Noudelmann (Professeur à l’université de Paris-VIII)

François Noudelmann (Professeur à l’université de Paris-VIII)

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15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 11:49

Défendons « les libres-penseurs venus du monde musulman » contre les fatwas de l’intelligentsia

par Pascal Bruckner

(Article Le Monde du 1er Mars 2016)

 

Comment faire taire une voix originale ? Par deux moyens : la menace physique, d’un côté, le discrédit moral, de l’autre. La première appuie le second. C’est ce qui se passe avec l’écrivain Kamel Daoud : en Algérie, un imam salafiste a prononcé une fatwa contre lui en 2015, qui réclame son exécution. A Paris, un collectif d’historiens et de sociologues, dans une pétition dans Le Monde du 12 février l’accuse, à propos de sa lecture des événements de Cologne – les agressions sexuelles du 31 décembre 2015 –, de véhiculer des « clichés islamophobes ».


Il évoquait en effet, dans une tribune parue dans Le Monde du 5 février, le rapport pathologique à la sexualité de nombreux pays d’islam et le choc culturel d’un certain nombre de jeunes gens issus du Maghreb, face à des femmes qui se promènent en liberté dans la rue. Il n’est pas le premier à proposer une telle lecture : de Tahar Ben Jelloun à Fethi Benslama, nombreux sont les écrivains ou psychanalystes, originaires d’Afrique du Nord, à avoir mis en lumière la misère sexuelle, la relégation des femmes, l’interdit de l’homosexualité dans le monde arabe.

 

 

Mais Kamel Daoud est le seul à avoir appliqué cette analyse aux événements de Cologne. Il ne s’agit pas ici, pour les pétitionnaires, d’exprimer leur désaccord ou de nuancer le point de vue de Daoud, lequel a décidé, à la suite de cette pétition, de se retirer du débat public. Il s’agit de lui fermer la bouche en l’accusant de racisme.


Avec cette pétition, on n’est pas dans le débat intellectuel, parfaitement légitime, mais dans la démonologie. Les faits qui se sont produits à Cologne seraient tellement graves qu’il ne faut pas en parler. D’ailleurs, les pétitionnaires n’ont rien à en dire : sinon qu’il ne faut rien en dire sous peine de tomber « dans la banalisation des discours racistes ».


Ils sont membres du collectif qui a lancé cette fatwa intellectuelle contre Kamel Daoud le 11 février 2016

Ils sont membres du collectif qui a lancé cette fatwa intellectuelle contre Kamel Daoud le 11 février 2016

Islamophobie, un mot du vocabulaire colonial


Une sorte d’interdit pèse sur l’interprétation, dès lors qu’il s’agit de personnes qui viennent du Proche-Orient ou d’Afrique du Nord. Incroyable retournement caractéristique de toute une gauche multiculturelle : l’antiracisme est plus important, désormais, que le viol ; le respect des cultures que le respect des personnes. Après tout, les Allemandes n’avaient qu’à se tenir à « une certaine distance plus longue que le bras » des hommes qui les côtoyaient, comme l’a recommandé la maire sans étiquette de Cologne, Henriette Reker, à la suite des agressions de la Saint-Sylvestre.


Voilà, donc, le terme « d’islamophobie », ce mot du vocabulaire colonial du XIXe siècle, transformé en arme de guerre idéologique par les mollahs de Téhéran en 1979, à nouveau utilisé comme instrument de censure. Que signifie ce vocable ? Que toute critique de l’islam est raciste. Car la religion du Prophète, seule entre toutes, est intouchable : on a le droit de critiquer le christianisme, le judaïsme, le bouddhisme, l’hindouisme, on peut piétiner le pape, les rabbins, le dalaï-lama, mais pas l’islam, drapé dans le manteau du réprouvé.


Nous ne devons surtout pas l’évaluer avec nos critères occidentaux, mais lui réserver la clause de la religion la plus défavorisée et lui passer tous ses égarements. Avec l’affaire Daoud, nous assistons à la réédition de ce qui s’était déjà passé avec Salman Rushdie, en 1989 : la fabrication planétaire d’un nouveau délit d’opinion analogue à ce qui se faisait, jadis, en Union soviétique, contre les ennemis du peuple.


Islam et laïcité : meeting contre l'islamophobie et la "guerre sécuritaire" le 6 mars 2016 à Saint Denis avec Sonia Dayan Herzbrun

Islam et laïcité : meeting contre l'islamophobie et la "guerre sécuritaire" le 6 mars 2016 à Saint Denis avec Sonia Dayan Herzbrun

 

 

Coupable d’avoir trahi son camp



Il s’agit d’imposer le silence à ceux des intellectuels ou religieux musulmans, hommes ou femmes, qui osent critiquer leur propre confession, dénoncer l’intégrisme, en appeler à une réforme théologique, à l’égalité entre les sexes.


Il faut donc – ces renégats, ces félons – les désigner à la vindicte de leurs coreligionnaires, les dire imprégnés d’idéologie coloniale ou impérialiste pour bloquer tout espoir d’une mutation en terre d’islam, avec l’onction de « spécialistes » dûment accrédités auprès des médias et des pouvoirs publics.


Et l’on voit que, derrière Kamel Daoud, c’est toute la nébuleuse critique de l’intelligentsia franco-maghrébine qui est visée par les pétitionnaires, notamment Rachid Boudjedra et Boualem Sansal, eux aussi dans le viseur de nos inquisiteurs. Cette rhétorique n’est pas nouvelle : c’était déjà le chantage auquel était soumise, par la vieille garde stalinienne, la gauche non communiste, quand il s’agissait d’évaluer le bilan de l’URSS. A l’époque, il ne fallait pas faire le jeu des impérialistes. Sous les oripeaux nouveaux, une vieille rengaine. Mais, une fois l’accusation « d’islamophobie » tombée sur vous, elle prend le poids d’une excommunication.


Le crime de Kamel Daoud est d’être un apostat et un traître. Il est fautif d’avoir trahi son camp et d’avoir osé dire que la culture européenne est aussi celle de l’émancipation. Ce qui est autorisé à l’intellectuel occidental, se désolidariser de ses racines, ne l’est pas à l’intellectuel maghrébin, contraint de faire corps avec sa civilisation d’origine et de réserver ses flèches à l’Europe maudite.


Kamel Daoud, Rachid Bougedra, Boualem SansalKamel Daoud, Rachid Bougedra, Boualem SansalKamel Daoud, Rachid Bougedra, Boualem Sansal

Kamel Daoud, Rachid Bougedra, Boualem Sansal

Crime de lèse-majesté



Il y a quelques années, la députée néerlandaise d’origine somalienne du Parti populaire libéral et démocrate, Ayaan Hirsi Ali, avait été accusée par un certain nombre d’intellectuels anglo-saxons « d’intégrisme laïc », parce qu’elle se permettait de critiquer le machisme musulman, critique qui lui a valu une condamnation à mort et l’a contrainte à s’exiler aux Etats-Unis. Elle avait eu le tort indigne, aux yeux de nos bons esprits, de ne pas rester enracinée dans sa communauté, mais de vouloir quitter la religion, de se moquer du Coran, de ne plus croire en Dieu. Crime de lèse-majesté.


Avec l’accent attendri des riches qui expliquent aux pauvres que l’argent ne fait pas le bonheur, nos pétitionnaires instituent une sorte d’apartheid légal dans la division internationale du travail intellectuel : à, nous, sociologues, écrivains européens, confortablement installés dans nos métropoles, les fardeaux de la liberté, le devoir d’humilier l’Europe, le droit à l’athéisme, à l’invention de soi, au respect entre hommes et femmes. A vous les joies de la coutume, des mariages forcés, de l’apostasie punie de mort, de la croyance obligatoire.


Derrière un antiracisme de pacotille, on voit affleurer un mépris néocolonial masqué sous la défense de l’islam. La dissidence y est interdite, les anciens damnés de la terre ne pourront jamais accéder à l’âge de la responsabilité. Bref l’autocritique, le dénigrement de soi doivent rester notre privilège exclusif.


Ainsi se confirme une nouvelle trahison des clercs : au lieu d’aider les rebelles du monde arabo-musulman à étendre le règne de la raison, à combattre le fanatisme et le puritanisme, nombre d’intellectuels européens et nord-américains se contentent de soutenir les pouvoirs dominants de l’autre côté de la Méditerranée, et cautionnent, avec opiniâtreté, la bigoterie religieuse en cours, en rappelant à l’ordre ceux qui osent ruer dans les brancards.


Si quelques chiens de garde de la fatwa, déguisés en chercheurs, en sociologues, peuvent ainsi amener à résipiscence un grand écrivain comme Kamel Daoud, ils risquent de décourager tous les libres-penseurs venus du monde musulman. C’est pourquoi il n’est rien de plus urgent, si l’on veut construire un islam modéré à l’intérieur de nos frontières, que d’appuyer ces voix divergentes, de les parrainer, de les protéger. Il n’est pas de cause plus sacrée et qui n’engage la concorde des générations futures.


 

Pascal Bruckner (Romancier et essayiste) 

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5 mars 2016 6 05 /03 /mars /2016 18:11

Recension des craintes réelles et fantasmées comme des répulsions laïques déclenchées par une passagère en abaya, dans une rame d’après-attentats.

 

Par Luc Le Vaillant , Libération, 7 décembre 2015

http://www.liberation.fr/chroniques/2015/12/07/la-femme-voilee-du-metro_1418963

femme voilée Métro Saint Charles, Marseille

femme voilée Métro Saint Charles, Marseille

 

C’est un début de soirée dans le métro. Je suis sur la ligne 4. Le trajet se fait du nord au sud et la tranchée est verticale qui coupe la jugulaire de la capitale dans la peine.

La femme en noir est debout au coin d’une rame et n’attend personne. Elle a la puissance de celles qui aimantent à parité l’attention et la répulsion, la fascination et la détestation. Impavide, immobile, elle tient serrées les paranoïas ambiantes et calcifie les fantasmes destructeurs. Elle se retrouve encagée dans un grillage d’affects réprobateurs et de désirs ambivalents. Le tout lui fait un bouclier protecteur et un podium de pole-dance pour un strip-tease mystique terrorisant.

Elle porte une abaya couleur corbeau. La tenue traîne jusqu’au sol et balaie la poussière des anxiétés alentour. Les mains sont gantées et on ne saura jamais si les paumes sont moites. Cette autre soutane monothéiste lui fait la cuisse évasive, la fesse envasée, les seins restreints. Les cheveux sont distraits à la concupiscence des abominables pervers de l’Occident décadent. Ceux-ci ne rêvant, paraît-il, que de dénuder ce corps réservé à un seigneur et maître, réel ou spirituel, qui tient ses pouvoirs d’accaparement du Dieu unique à la féroce jalousie.


femme voilée Terrasses du Port, Marseille

femme voilée Terrasses du Port, Marseille

Seul le visage est apparent. Il est agréable, juvénile, d’un charme qui passerait pour insignifiant si cette cape obscure ne rehaussait la pâleur des joues de la jeune femme. Elle doit avoir dans les 25-30 ans. Elle est la sœur désolée et désolante des beurettes sonores et tapageuses qui égaient les soirées RATP.

Elle se tient droite et les regards oublient vite sa silhouette pour se concentrer sur la gibecière portée en bandoulière. Personne ne s’attend à en voir sortir un lapin blanc pris au collet. Tout le monde s’inquiéterait plutôt que le sac soit farci de TNT. Si l’œil du voisin de strapontin se fait inquisiteur, ce n’est pas pour pincer le bourrelet charmeur mais pour palper la possibilité d’une ceinture de chasteté explosive. Alors quand les doigts féminins amorcent le moindre mouvement, les sourcils alentour se froncent imperceptiblement.

Elle ne cille pas, ne bronche pas. La moue n’est pas bravache. La femme en noir ne manifeste aucune réaction apparente devant la réprobation qui coagule. Je ne sais si cette exposition la comble d’aise et la renforce dans son bonheur de braver les foules. A moins qu’elle ne se blinde pour résister à cette haine projetée par les siens et qui lui revient en boomerang.


femme voilée Fort Saint Jean, Marseille

femme voilée Fort Saint Jean, Marseille

Je me rassure en me racontant que ce choix régressif et réactionnaire n’aura qu’un temps. Que ce n’est qu’une saison de sa vie, qu’elle reviendra à des attitudes moins extrêmes. D’autres qu’elle ont survécu à leur période punk à chiens. Elle doit être dans le défi à la mort, dans l’ordalie de la jeunesse. Certaines descendent les chutes du Niagara, sniffent à s’en défoncer les cloisons nasales ou s’essaient à la prostitution. Et puis, on les retrouve à pagayer tranquilles, le nez frétillant d’aise, fières de leur sexualité mémère.

Je me dis que j’exagère, et toute la rame avec moi, de mettre en garde à vue le libre arbitre d’une pauvre petite croyante qui ne fait de mal à personne en suivant les chemins qui ne mènent pas à Rome. Sauf qu’il y a peu de chances que la demoiselle fête les 110 ans de la loi de 1905 dont elle ferait plutôt des confettis. Elle peut toujours arguer d’une pratique piétiste qui ne fait pas de mal à une mouche, je ne peux m’empêcher de la voir comme une compagne de route des lapideurs de couples adultères et des coupeurs de mains voleuses. Tant qu’elle ne rafale pas les terrasses à la kalach, elle peut penser ce qu’elle veut, croire aux bobards qui la réjouissent et s’habiller à sa guise mais j’aimerais juste qu’elle évite de me prendre pour une buse. Arborer ces emblèmes sinistres revient à balancer un bloc d’abîme fondamentaliste sur l’égalité homme-femme, sur les libertés publiques et sur l’émancipation de l’individu. Ce qui est son droit le plus strict, même si je le juge inique.

Le métro continue sa route. A la station Saint-Germain-des-Prés, j’implore Simone de Beauvoir de faire entendre raison aux asservies volontaires. A Saint-Sulpice, le flip revient et je me raconte que la femme voilée est en cheville avec le conducteur salafiste et que mon supplice en sous-sol est pour bientôt. A Saint-Placide, quand se finit la théorie des saints protecteurs si peu laïcards, mon naturel paisible pète un plomb et j’écartèle les portes pour sauter à quai alors que je suis censé ne descendre qu’à la prochaine. Ma couardise laissant la femme-fantôme continuer à couvert sous le tunnel, immobile et tout de noir vêtue.


 

Luc Le Vaillant

femme voilée Vieux Port, Marseille

femme voilée Vieux Port, Marseille

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24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 13:09

L'Arabie saoudite a promis 1 million $ au Comité des Droits Humains de l'ONU avant de remporter son siège en 2013

 

traduction de l'article original de UN Watch "Saudi Arabia pledged $1 million to UNHRC before winning seat" :

http://blog.unwatch.org/index.php/2015/09/24/saudi-arabia-pledged-1-million-to-unhrc-before-winning-seat/?utm_source=twitterfeed&utm_medium=twitter

 



L'Arabie saoudite a promis 1 million $ au bureau des droits de l'homme de l'ONU avant de gagner un siège au Conseil de Droits de l'Homme de l'ONU en Novembre 2013, ouvrant la voie à sa présidence de l'influent comité du Conseil des Droits Humains de l'ONU (UNHRC) qui interviewe et établit une liste restreinte des candidats qui deviendront les enquêteurs de l'ONU pour les droits de l'homme (Ceci vient à peine d'être annoncé par l'ONU la semaine dernière, le 17 Septembre) .

L'Arabie saoudite a promis 1 million $ au Comité des Droits Humains de l'ONU avant de remporter son siège en 2013

La plaidoirie pré-électorale de l'Arabie Saoudite :


Les engagements volontaires :


 42.    Si l'Arabie saoudite est sélectionnée pour être membre pour la période 2014-2016, elle promet de continuer à soutenir sans relâche le travail du Conseil des Droits Humains. Elle continuera à adhérer aux résolutions du Conseil des Droits Humains, à coopérer avec ses mécanismes et à participer activement à ses travaux lors de ses sessions ordinaires et extraordinaires et à la session du Forum social.


43. L'Arabie saoudite affirme en outre son engagement à:


      • Continuer à assumer sa responsabilité humanitaire de protéger et promouvoir les droits humains au niveau national en adoptant une législation et en établissant des mécanismes qui renforcent le cadre institutionnel pour les droits humains, et en adoptant les meilleures pratiques dans le domaine des droits de l'homme;


      • Soutenir le Bureau du Haut Commissaire aux droits de l'homme en contribuant pour 1 million $ sur une période de cinq ans, à partir de 2012, afin de permettre à l'Office de procéder à ses travaux et activités, y compris les travaux dont a été saisi le Conseil des Droits Humains;


      • Soutenir les organes et les mécanismes des Nations Unies des droits de l'homme et à coopérer de manière constructive avec eux, en particulier le Conseil de droits de l'homme et ses mécanismes subsidiaires, y compris le mécanisme d'examen périodique universel, de manière à assurer sa continuité et son succès. Ces organismes fournissent des évaluations de la situation des droits humains dans le monde qui appellent les États à coopérer entre eux et à bénéficier de l'expérience des autres, et constituent un forum unique de dialogue entre les États qui est propice à l'échange des meilleures pratiques et expériences dans le domaine des droits de l'homme;


      • Collaborer avec le Bureau du Haut Commissaire aux droits de l'homme et les institutions spécialisées des Nations Unies à l'égard de la satisfaction des besoins de formation du pays dans la protection des droits de l'homme, le renforcement des capacités nationales et l'identification des moyens supplémentaires de protection et de promotion des droits humains.


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19 juin 2015 5 19 /06 /juin /2015 14:55

par ILGA Europe le 19 juin 2015, traduction de l'article "EuroPride 2015: a watershed moment for Latvia" :

http://ilga-europe.org/resources/news/latest-news/europride-2015-watershed-moment-latvia

L'EuroPride 2015: un tournant pour la Lettonie

 

ILGA-Europe appelle les politiques lettons à saisir ce moment historique et à saisir la prochaine étape importante vers l'égalité pour les personnes LGBTI.


La première Marche des Fiertés a eu lieu en Lettonie il y a exactement 10 ans et au cours de la dernière décennie, le pays a fait des progrès significatifs.

La Lettonie a laissé derrière les interdictions et autres obstacles administratifs, l'absence de protection des participants des événements de la Pride, et les manifestations violentes des opposants. Désormais la liberté de réunion et d'expression ainsi que la sécurité des citoyens LGBTI et des partisans lors de tels événements sont assuré et garanti par l'Etat letton.


Cependant, le pays est au croisement d'une route entre embrasser les principes fondamentaux de l'Union européenne et faire progresser les droits humains des personnes LGBTI ou retomber dans les travers du passé et par effet miroir de voisins de l'Est, et introduire des lois discriminatoires et oppressives.


Pas plus tard que hier, le Parlement letton a adopté une modification de la loi sur l'éducation qui prévoit "une éducation de la moralité constitutionnelle" pour les écoliers afin que les enfants soient éduqués avec comme définition constitutionnelle du mariage celle de l'union entre un homme et une femme.

Un tel changement législatif reflète la loi russe interdisant l'infâme «propagande gay» aux mineurs.

D'un autre côté, la Lettonie est au milieu d'un débat très animé et positif autour d'une loi de cohabitation non sexiste (neutre du point de vue du genre) qui est défendue par certains politiciens très en vue et rallie un public de plus en plus large.


Evelyne Paradis , directrice exécutive de l'ILGA-Europe, a déclaré: 


"Nous espérons que l'EuroPride 2015 sera une source d'inspiration et la possibilité pour la Lettonie de laisser son passé derrière et d'embrasser pleinement les droits humains, l'égalité et la liberté.

À bien des égards, la Lettonie est à un carrefour quand on en vient aux droits des personnes LGBTI. Elle peut soit faire une percée et pleinement embrasser les valeurs démocratiques ou elle peut retomber dans la censure, la répression et la discrimination. Nous exhortons les hommes politiques et les décideurs à saisir ce moment pour prendre des mesures et faire en sorte que la Lettonie soit le meilleur endroit possible pour tous ceux qui vivent dans le pays ".

 

Conférence sur la Liberté organisé par l'association Mosaïque, le 19 juin 2015 (Europride Riga)Conférence sur la Liberté organisé par l'association Mosaïque, le 19 juin 2015 (Europride Riga)
Conférence sur la Liberté organisé par l'association Mosaïque, le 19 juin 2015 (Europride Riga)
Conférence sur la Liberté organisé par l'association Mosaïque, le 19 juin 2015 (Europride Riga)Conférence sur la Liberté organisé par l'association Mosaïque, le 19 juin 2015 (Europride Riga)

Conférence sur la Liberté organisé par l'association Mosaïque, le 19 juin 2015 (Europride Riga)

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